Histoire d'une paroisse

"Bouhy-le-Tertre"


Histoire d'une paroisse, de l'abbé Gabriel Vannereau
Préface de Simone-G. Rimbault


La personnalité de Monsieur l'abbé Gabriel Vannereau, Docteur en Théologie et membre de la Société d'histoire ecclésiastique de la France, l'accueil bienveillant qu'a reçu de la part du public l'étude qu'il a consacrée récemment à l'apôtre de l'Auxerrois et de la Puisaye me remplissent d'une certaine confusion à l'idée d'avoir à présenter son nouvel ouvrage. Mais comment refuser un aussi grand honneur alors que l'on a beaucoup aimé et que l'on aime encore beaucoup ce petit pays de Bouhy dont Monsieur l'abbé Vannereau - et sans doute pour la même raison - a voulu faire l'historique depuis l'époque gallo-romaine jusqu'à nos jours ?
Etude remarquable dont nous ne remercierons jamais assez l'auteur, puisque grâce à ses patientes recherches et à la clarté de son exposé nous allons pouvoir, en lisant « Bouhy-le-Tertre, histoire d'une paroisse », retrouver les traces de tout un passé d'autant plus intéressant à connaître qu'il est celui de nos lointains aïeux. Car, si la commune de Bouhy se présente à nos yeux sous les traits d'une aimable bourgade assez haut perchée (355 mètres) et par cela même d'un climat plutôt rude en hiver, il nous faut bien admettre qu'au cours des siècles cette dernière n'a pas été sans subir maintes transformations à commencer par son nom : Bouhy, d'après l'auteur de ce livre, s'étant appelé successivement « Balbiacus », « Baugiacus » et enfin « Baiacurn » et « Boiacum », cependant qu'au Moyen-âge on devait le mentionner dans les documents officiels sous le nom de Bouhy-la-Montagne ou plus communément encore de Bouhy-le-Tertre.



Monsieur l'Abbé Vannereau cite, à la fin de l'Introduction, cette phrase extraite des « Etudes de Sociologie religieuse » de G. le Bras : « Rien ne peut rendre plus compréhensif, plus sociable, que la connaissance des bonheurs et surtout des misères de ceux qui nous ont précédés sur le sol où nous vivons ». Phrase que l'on pourrait taxer de lapidaire et qui pourrait servir d'épigraphe à l'ouvrage puisque c'est à son inspiration que, très certainement, nous devons de lire aujourd'hui cet essai de monographie dont la valeur littéraire et historique ne peut nous échapper...Ce travail nous apprend, entre autres choses, que la région de Bouhy, pays exclusivement agricole, possédait jadis une telle richesse forestière qu'aux environs du. douzième siècle on avait imaginé d'y fabriquer les outils et les ustensiles nécessaires aux habitants de la contrée, d'où les noms de Forges, village de Bouhy, et de Ferrières, hameau voisin de Forges dans la commune d'Entrains, ce dernier nom pour indiquer qu'à cet endroit on extrayait du minerai de fer.
Retenons aussi les moulins à vent que l'on nous signale comme une industrie à jamais disparue et dont Bouhy possède encore des vestiges : témoin celui que l'on appelait le Moulin-Grégoire et qui, à l'époque de mon enfance, avait encore une partie de ses ailes. Or, si, d'après Monsieur l'abbé Gabriel Vannereau, qui en fut le curé de 1953 à 1957, la paroisse de Bouhy a toujours passé pour être parmi les meilleures de son diocèse nul doute que son histoire, dont on sait qu'elle fut celle de tant de braves gens, ne soit accueillie favorablement par tous ceux, amis ou indifférents, pour qui la recherche du passé est une façon comme une autre d'enrichir son esprit.
Car, si « l'on ne pouvait faire un pas dans Bouhy, notait déjà son curé en 1850, sans rencontrer quelque chose qui rappelle le séjour des Romains dans le pays », il n'est pas impossible que l'influence de ces derniers, comme aussi celle des Boïens que l'on nous dit avoir habité la région, ne soit à l'origine de certains traits du caractère de ses habitants. Mieux, ce pays nous apparaît si différent des autres dans son besoin de maintenir ses coutumes comme dans celui de conserver ses moeurs d'autrefois qu'il serait regrettable de chercher à le transformer, dans la crainte qu'il ne perde une partie de son charme.



Aussi convient-il d'évoquer, mieux que son magnifique panorama sur la Puisaye, que son clocher « qui se voit de loin », et même que sa fontaine de Saint-Pèlerin et sa chapelle Sainte-Anne, tout simplement ses croix. Ses croix, dont quelques-unes portent encore le nom de Croix-limites ou de Croix des Morts, cependant que toutes semblent avoir été mises là où l'on voulut bien les mettre afin de commémorer certains faits religieux comme les Missions ou pour attirer la protection divine.
A ce sujet, très peu de communes peuvent s'enorgueillir d'en posséder un aussi grand nombre que la commune de Bouhy : ne devait-on pas en relever plus de dix-huit, dans cette commune, après la tourmente révolutionnaire, entre les années 1850 et 1890 ! Toutes sont d'ailleurs fort simples et pour la plupart en pierre, mais il n'est pas rare de les voir, à la Toussaint et à « Pâques-Fleuries », couronnées d'un buis nouvellement béni. Ce qui laisse assez présumer de la vénération dont elles sont l'objet de la part d'une population qui, depuis des siècles, n'a jamais voulu changer ni dans son cour, ni dans sa foi. Et ceci, parce qu'il y a exactement dix-sept cents ans, le 16 mai 259, mourait, décapité à Bouhy, un saint Evêque d'Auxerre, nommé Pèlerin...
D'où, pour certains auteurs, le besoin de voir en ce petit bourg ignoré des foules un haut-lieu du Christianisme, beaucoup plus qu'une simple paroisse, puisque c'est à Saint Pèlerin que les habitants de Bouhy ont dû de conserver une foi aussi profonde, à ce « saint au serpent » dont les reliques ont fait de son église un lieu de pèlerinage, et, de sa légende, une histoire dont le surnaturel a si bien frappé les esprits que, avec l'auteur de cet admirable ouvrage, je ne suis pas sûre - et beaucoup seront comme moi - « que, le jour de la Saint-Pèlerin, dans le petit matin, quelque dévote personne ne se rende à la fontaine consacrée au saint, pour tâcher d'y apercevoir, nageant dans l'eau limpide, le serpent au collier de perles qui s'y est précipité sur l'ordre du saint Evêque, il y a dix-sept cents ans, quand Bouhy n'était encore que la bourgade gallo-romaine de Baugiacus dédiée à Mars Bolvinnus... ».

Simone-G. Rimbault

 


Site web créé avec Lauyan TOWebDernière mise à jour : lundi 13 mars 2017